Suite et fin du récit de notre (folle) semaine en Corse au cours de l'été 2011. Je vous livre, avec un tout petit peu (mais vraiment un tout petit peu) de retard, nos deux derniers jours de voyage. Ne me remerciez pas pour le rêve que je vous vends à quelques jours du début officiel de l'hiver.
Bon blague à part, j'espère que le récit vous plaira, ou même qu'il vous sera utile si vous projetez d'y aller qui sait !. 
Je vous invite à lire ou relire la première partie au passage, j'ai l'impression qu'elle est passée un peu inaperçue !







Mercredi :

Après une journée presque « off », nous remettons les voiles pour à nouveau un programme s’annonçant chargé. Je peux le dire dès maintenant, c’est un euphémisme. Lorsque j’ai raconté ce que nous avions fait lors de cette semaine (et en particulier cette journée) à des habitués de la Corse, ils ont ri et répondu « on a mis au  moins 5 ans à faire tout ça ». Un peu de candeur, un poil d’insouciance et nous voilà partis pour un marathon qui s’annoncera épique. Que ce soit par la beauté de ce que nous découvrirons, ou par l’ampleur du chemin parcouru en une seule journée.

Il est 7 heures du matin, se lever à l’heure du boulot lorsque l’on est en vacances est toujours cruel, et en quelques minutes nous sommes déjà en voiture. Première étape : environ 70 kms jusqu’à Corte, pile en plein milieu de l’ile. On aurait voulu la placer volontairement au milieu, que l’on aurait pas fait mieux. La route est sinueuse mais pas trop, de quoi profiter des paysages au soleil levant (enfin, déjà bien levé à cette heure) et surtout sans trop se fatiguer. Corte est une ville assez curieuse, plantée en plein milieu donc, au cœur des montagnes, perchée à la manière d’une citadelle (d'ailleurs il y'en a une). Pourtant, on y trouve une université (volonté de Pascal Paoli, à l’époque) parait-il, et la ville fut même le siège du gouvernement de la Corse. Pour une petite ville (moins de 700 habitants, dont plus de 4000 étudiants), Corte semble vivante et dynamique. Ce que l’on ne pourrait pas croire au vu de sa situation reculée. Malheureusement, le chronomètre en tête nous empêche de nous attarder sur la vue incroyable proposée en haut de la citadelle.


 
Car l’objectif sur trouve plus bas : la vallée de la Restonica. Un coin reculé ou la nature offre un théâtre naturel, grandiose et préservé. On y accède par une minuscule route, accrochée à une falaise devenant de plus en plus haute, à mesure que la route rétrécit. Ames sensibles en voiture s’abstenir, surtout côté ravin lorsque l’on doit serrer pour laisser passer une voiture. Au bout de la route, un grand parking (accès payant en saison, 5€) et c’est le terminus. A partir de là, plein de chemin de randonnée possible, et l’on peut même rejoindre le mythique GR20. Et lorsque l’on parcours cette immense vallée, on apprécie l’effort de préservation qui y est fait. En arrivant en matinée, on échappe à la grande foule et l’on peut profiter du spectacle. Immenses éboulis de pierres, arbres morts aux silhouettes difformes, hautes roches dessinant des visages inquiétants… Le temps maussade diffuse une lumière  fait ressortir le vert de la mousse sur les rochers et donne une coloration particulière à l’ensemble. Et au milieu de tout cela, la Restonica qui serpente tranquillement…tout comme des troupeaux de chèvres en quasi-liberté (guidés par le chien de troupeau qui  va bien). Toujours surprenant, encore plus pour le chien, pas vraiment habitué à ce genre de rencontres. C’est franchement beau, le cadre est somptueux et l’on a pas envie de repartir.






Mais le programme est loin d’être terminé. Notre chevalier du bitume (je commence à être à court de synonymes ou autres figures de style pour la voiture) reprend sa cavalcade. Le ciel est gris et bas, l’ambiance est un peu sombre, et au bout de quelques kilomètres, nous avons droit à une superbe vue sur Corte, dans le gris, mais avec quelques rayons de soleil perçants pile sur la ville. Un très joli moment carte postale. Pourtant nous n’avions encore rien vu. 


Car sur la route se profile la scala de Santa-Regina. Après les villages de Castirla et Liceto, qui forment une incroyable superposition de virages, et ou l’on s’est même fait courser par un chien ; le paysage change, le végétation disparait pour laisser la place à la roche, du granit, partout (c’est flagrant sur la vue satellite). Un panneau nous indique le début de la scala, comme il aurait pu indiquer « Bienvenue en enfer ». J’exagère bien sur, mais je crois bien que je me suis rarement senti oppressé par la nature à ce point. C’est hostile, rugueux, la route est toute petite et l’on serre les fesses et ce que l’on peut à chaque croisement de voiture, en se demandant bien ce que le prochain virage nous réserve (on a même fini le rétro droit rabattu, pour éviter de l’exploser contre la roche). La route s’élève doucement mais surement, et on voit en bas le torrent (Goulo) qui serpente, et dont les eaux sont bien noires avec ce ciel gris. Des panneaux de stricte interdiction de la baignade à cause des eaux dangereuses complètent le panneau. On est loin des piscines naturelles de la Restonica. Pourtant cet endroit est merveilleux, la nature dans toute sa force (comme dans la pub Tartare). On se sent vraiment très petit. Et si l’on est soulagé de trouver une route plus boisée et moins hostile, on regrette ce que l’on vient de quitter et l’on a presque envie d’y retourner. Comme devant un bon film d’horreur en fait. Maupassant à bien résumé cette région, le Niolo, « du granit, rien que du granit ».

Enfin, l’effort n’est pas terminé et l’on s’enfonce dans la forêt qui mène vers le col de Vergio, plus haut point routier de Corse et frontière officieuse entre Haute-Corse et Corse du Sud. Les virages n’en finissent pas, la pente n’est pas très faible et donc on monte pendant encore plus longtemps. Au moins nous avons le temps de profiter de la superbe route qui traverse tranquillement la forêt, on dirait un chemin de pâturage, sauf que les voitures ont remplacé les vaches. 



Je suis exténué en arrivant au sommet, la combinaison Santa Regina+col du Vergio m’a achevé. C’est le moment de profiter de la vue sur tout ce que l’on vient de traverser, et l’on peut être fier du chemin parcouru ! C’était pas de la tarte ma bonne dame ! Au sommet, une statue du "Christ roi" à la tête dans les nuages, comme presque tous les touristes motorisés aux bras fatigués qui font la même halte que nous. Et c’est en basculant sur l’autre versant, que nous descendons vers la côte ouest et Porto. 

Sur le chemin, le rouge devient dominant et l’on en prend plein les yeux. Ce granit est vraiment de toute beauté, et les innombrables pics donnent un magnifique relief à l’ensemble. Impossible de résister à l’envie de faire de nombreux arrêts-photo tels de vulgaires japonais (ou chinois… c’est pareil de toute façon… ironie hein). Des cochons sauvages nous tiennent compagnie au bord de la route, peut-être habitent-ils dans un de ces petits villages perchés à flanc de pics rouges, parsemés de quelques touches de verts ? Peu-importe, la mer plus bleue que jamais refait son apparition et Porto se profile. 



Mais avant Porto, ascension (une de plus !) obligée vers les mondialement connues calanques de Piana (patrimoine de l’Unesco, toussa…). J’avoue être toujours un poil dubitatif lorsque l’on m’annonce qu’un lieu est forcément immanquable. Mais je n’ai eu d’autres choix que de reconnaître mon erreur. C’est incroyablement beau, si l’on prend la peine de marcher un peu et de s’aventurer dans les nombreux chemins. Alors attention, c’est escarpé par endroits, le soleil cogne dur, et se trouve parfois à 200 ou 300 mètres ( !) au dessus de la mer.  



Mais une fois arrivé dans un petit coin isolé, surplombant cette mer divinement bleue, on ne peut que s’incliner devant dame Nature ! (nous avons emprunté le chemin vers le "chateau fort". Il y'a de nombreux points de vue. Le lieu mériterait un séjour à lui seul). Et pourtant, dame Nature ne nous avait pas encore offert son plus beau cadeau…

Avant d’en dire plus, je vous signale que nous sommes tout de même redescendus sur Porto. Piana est sur les hauteurs du golfe et de la ville…merci au passage au touriste qui s’est retourné (pour de vrai) en voiture sur une route large comme une rue parisienne. Bouchon, comme si nous avions besoin de ça, et surement belle frayeur pour lui vu la falaise à sa droite.  Porto est bien sur magnifique mais trop fréquentée en cette saison. Même s’il est déjà 18 heures lorsque nous y arrivons, et même si l’on ne peut pas s’y baigner (grosses vagues, galets et du courant, c’est habituel ici, attention donc si vous voulez faire trempette). La vue de la marina avec le soleil couchant est délicieuse. La tour carrée domine le tout et prend une belle couleur ocre. Mais c’est tout le golfe qui s’illumine avec le soleil couchant, toutes les roches sont d’un rouge profond, c’est merveilleux. A droite (au loin) on devine la réserve naturelle de Scandola, totalement fermée à l’homme. Parait-il que c’est magnifique, mais il faut prendre le bateau pour s’en approcher (logique). En revanche niveau resto, c’est pas top (enfin celui qu’on a testé). On va dire qu’on paie pour le cadre, pas pour la nourriture.  La vue d’un hotel offrant une promo pour une nuit à 50€ nous a tenté. Chambre avec vue sur mer et coucher de soleil, en comparaison des heures de route qui nous attendaient pour rentrer…dans une location pas confortable en plus… le choix fut difficile mais la raison du budget l’emporta. Et finalement un bon choix vu que le départ de Porto s’est fait au moment ou le coucher de soleil était le plus intense.  Je crois bien que je ne reverrai jamais un cadre aussi époustouflant. 





 


Tout autour de nous était rouge vif, Porto vu d’en haut sur la route de Piana était comme en foyer de feu de cheminée. Et cherry on the cake, au détour d’un virage, le fameux rocher du berger et de la bergère, le soleil couchant sur la mer en plein dans son axe. En fait, la photo que vous pouvez voir sur une carte postale sur deux envoyée de Corse, nous l’avons eu en direct live, et rien que pour nous. Un moment magique, sans voitures sur la route. Vraiment, que du bonheur. Je crois que je m’en souviendrai très très longtemps. Le highlight de ces vacances.




En revanche le bonheur ça se paie, et je vous laisse regarder le parcours du jour pour mesurer le chemin parcouru entre ce coucher de soleil et la « maison ». Plus de 2 heures de route le long de la côte, vers Ajaccio, puis en repiquant vers le centre et le col de Vizzavona (qu'empruntera le Tour de France 2013, pour vous situer le pedigree l'engin). Une looooooongue ascension dans le noir, et une descente encore plus longue, avec des virages encore plus nombreux sur ce versant. Si l’on ajoute à cela : les autochtones qui vous collent au cul car eux connaissent ces kilomètres en foret, comme vous les 300 mètres qui vous séparent de votre boulangerie, le brouillard, et les vaches (oui, des vaches) en liberté (et la nuit les vaches aiment gambader en troupeau sur le goudron)… On obtient un retour épique. Et en bonus, une chute dans les ronces lors d’une pause pipi, et un flash au radar en doublant un camping-car. Histoire de bien faire les choses jusqu’au bout.

Nous sommes donc rentrés absolument épuisés, le temps de s’avachir sur le lit pour se remettre de cette petite folie…il faut déjà se lever ! Au petit matin du jeudi, Bonifacio nous attend pour un dernier jour en Corse. Il est temps que les vacances se terminent !

Le parcours du jour 6 : ICI

Jeudi :


Allez je vais faire plus court pour achever ce récit. Bonifacio, avec son histoire millénaire, est à coup sur mondialement connue, et comme je l’ai dit, je deviens méfiant quand on m’annonce qu’un lieu est incontournable. Un mélange de fatigue, de batterie d’appareil photo déchargée (spéciale dédicace à Ben, là bas à Toulouse), de foule (car oui, il y’a beaucoup de monde à Bonifach’ comme on dit phonétiquement) ne m’ont vraiment permis d’être happé par la beauté du lieu. Car oui, c’est vraiment beau. Mais pour en profiter pleinement, c’est soit très tôt le matin (genre à 7 heures sur le port) ou alors en hors-saison.

La tour en bateau, tout touristique qu’il est, est incontournable pour voir la ville perchée sur sa falaise (de calcaire, ce n’est plus du granit). En plein soleil, ça fait mal aux yeux, mais les maisons qui sont totalement en surplomb de la me, en partie accrochées dans le vide, donnent le vertige. C’est un grand classique de la Corse, et c’est dommage de passer à coté. Quelques grottes et criques reculées valent le coup d’œil également, mais guère plus (de  toute façon c’est compris dans le prix du tour alors bon). Le fameux rocher dit le « gouvernail » de la Corse est quant à lui vraiment impressionnant, juste à la sortie du goulet, ce long bras de mer qui forme le port de la ville.



 La ville justement, parlons-en. Comme je le disais, c’est archi-blindé, surtout dans la partie haute. Celle qui est entourée de remparts. En essayant de faire abstraction de la foule (j’ai bien dit « essayer ») on peut y trouver une ambiance à la Sienne. De haut remparts, une imposante porte pour entrer…sauf que la grande bleue n’est jamais loin, et les points de vue sont encore une fois magnifiques, somptueux…enfin comme vous voudrez. La ville basse est moins intéressante, sauf pour le port et les énormes yachts qui mouillent tranquillement. 




 On y mange aussi très bien, mais il faut prendre la peine de trouver le bon resto. Beaucoup de « pièges à touristes » surtout dans la ville-haute. En bas nous avons mangé des très bons poissons, bien frais, avec un très bon service. Loin de l’abatage qu’on trouve en haut. Sans parler des prix, qui doublent facilement ! Donc mangez en bas, et allez digérer en montant toutes les marches pour les atteindre les remparts.  En plein soleil, on a vite éliminé !

La fatigue commence vraiment à se faire sentir dans nos petites jambes de 26 ans, et nous levons l’ancre en début d’après-midi, pour affronter 2 nouvelles et longues heures de route (en ligne droite cette fois !), avec en point de mire enfin un peu de détente sur la plage… Pensions-nous ! Poissards jusqu’au bout, un immense nuage est venu cacher le soleil au moment même ou nous plantions le parasol dans le sable ! Heureusement une dernière soirée en famille (aaaah le bon vin du Patrimonio ! Et que dire du Muscat du cap Corse !) nous fait terminer ce séjour sur une belle note. 

Le parcours du jour 7 : ICI



Un dernier réveil à 4 heures (les vacances, c’est pas une vie !) nous fait prendre le bateau quelques heures plus tard, en quittant l’ile la tête pleine de magnifiques souvenirs…  mais aussi de regrets. Au final, ce sont des sentiments partagés entre bonheur et frustration. Des choses tellement magnifiques et incroyables, qui nous marquerons pour longtemps, mais dont nous n’avons pu profiter pleinement car il y’avait toujours un objectif suivant en tête, et pour lequel il fallait repartir sans trop trainer. A l’image de toute cette semaine en fait. Même si quelques jours de repos dans les Alpes suivront (on vous conseille le Best Western de Morillon !).

Au moins cela servira de « leçon » pour la préparation des futurs voyages.  C’est pas parce qu’on est jeunes, qu’il ne faut pas se ménager de temps de repos par exemple… Nous tâcherons d’y repenser pour notre prochaine destination : la côte Est des Etats Unis, à l’été 2012.





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