N’y allons pas 4 chemins pour résumer le fond de ma pensée. L’attribution des Coupe du monde de football de la FIFA, puisque c’est ainsi qu’il faut pompeusement les nommer, 2018 et 2022 sont une catastrophe. Une Qatarstrophe, histoire de reprendre la blague en vogue en ce moment, et faire monter la fréquentation du blog.

En 2018, le monde ira en Russie, puis en 2022, il ira dans le désert, au Qatar. Profitons-donc bien de 2014, cela risque d’être la dernière vraie « fête » du football, avant un moment. En effet, au Brésil, on peut difficilement faire mieux pour une coupe du monde. A part peut être l’Angleterre.

L'Angleterre justement. L'édition 2018 semblait lui être vouée. Berceau du jeu, hôte du championnat le plus populaire au monde, stades magnifiques mais aussi historiques (je veux dire, pas seulement des coquilles vides, sans âmes, comme trop de nouveaux stades… et je ne dis pas ça car je suis supporter de MU) et candidat malheureux en 2006 et 2010. Mais patatras, peut être trop sure de sa force, ou devant « payer » la proximité trop importante des JO de 2012 (à Londres), les britanniques se sont fait souffler la cerise sur le gâteau par les russes. Bon, j’avoue avoir savouré quelques secondes ce camouflet (candidature éliminée dès le premier tour du vote), après l’immense déception de 2005, ou Londres avait « volé » les JO de 2012 à Paris. Une sorte de petite revanche.

Commençons donc par là, pour expliquer mon désappointement. A l’époque, jeune et innocent étudiant que j’étais, je croyais encore en la « beauté » du sport, et les « à cotés » comme l’impact économique lié à l’organisation d’une telle compétition, m’importaient peu. Le mot « London » lâché par Jacques Rogge (Président du CIO… Comité International Olympique) à l’énoncé du verdict m’avait laissé groggy de nombreuses minutes. Depuis (nous étions en 2005 tout de même) mon regard a changé.
Par exemple, l’annonce il y’a peu de l’organisation de l’Euro 2016 en France ne m’a pas réjouit outre mesure. C’est une belle compétition, et le fait de pouvoir y assister dans mon pays est sur le papier plutôt réjouissant (enfin, encore faut-il décrocher des places !). Mais pour y arriver, tout ne va pas se faire par le grâce d’un coup de baguette magique de la fée Clochette. Il va falloir sortir la planche à billets, et la facture risque d’être plutôt salée. Des dizaines de millions d’euros vont être investis dans la rénovation ou la construction de stades. Dans le contexte actuel, les collectivités locales qui seront les premières à mettre la main au porte monnaie, ont peut être d’autres priorité. Alors oui c’est prestigieux d’accueillir une grande compétition, ça fait venir des touristes et ça remplit hôtels et restos. Mais pour combien de temps ? Trois semaines ? De plus, le mode de financement de la plupart de ces constructions (sur le mode du PPP, partenariat public-privé) fait que, pour établir un gros raccourci, les recettes liées à l’exploitation des stades iront plutôt dans la poche des entreprises ayant bâti les enceintes, et moins dans celles des communes les possédant sur leur territoires (j’avoue que c’est un sujet qui mériterait plus de précisions, mais on s’éloigne déjà du sujet, alors bon…).

De plus, la parution d’un récent rapport* sur les retombées économiques de la Coupe du monde 2010, en Afrique du Sud, me rend plus que sceptique sur la portée des ces fameuses hordes de fans du monde entier déboulant dans un pays pour y dépenser toutes leurs devises. A sa lecture on y apprend qu’au lieu de 500M€ de recettes attendues pour le pays, les sud Africains se retrouvent avec une ardoise évaluée à 2 milliards d’euros ! Alors que dans le même temps, la FIFA s'en tire avec une bénef' de 2.2 milliards ! Qui plus est, dans un pays ou les difficultés économiques ou sociales ne sont pas rares (et c'est un euphémisme). Le sujet mériterait un article à lui seul, mais recentrons, recentrons... Pour revenir à la France, cette compétition (l'Euro 2016) sera vraisemblablement déficitaire, et cet argent sera celui du contribuable. A me relire, je suis un peu gêné, on dirait du Jean-Pierre Pernaut dans le texte. Mais mon malaise est là, tiraillé entre mon amour du foot et du sport, et l’implacable business que celui-ci est devenu.

Le rapport avec la Russie et le Qatar me dites-vous ? Et bien vous prenez les couts estimés pour l’Euro 2016 en France, et vous les passez au démultiplicateur de pays encore moins prêts à accueillir une telle compétition pour obtenir des sommes astronomiques. A la grosse louche, on parle de 50 milliards d’euros d’investissements pour la Russie ! Un seul stade répond aux normes exigées par la FIFA ! Et quid de la superficie gigantesque de ce pays ? On joue la compétition sur 3 mois, ou alors tout est concentré sur la partie occidentale ?

Pour la Qatar, on va encore plus loin dans la science fiction, car le pays est un nain footballistique dont le championnat est juste bon à accueillir quelques stars du ballon rond en pré-retraite (citons Pep Guardiola, l’actuel entraineur du Barça), venues se gaver les poches de quelques derniers millions de dollars. De ce fait, il ne dispose absolument pas des infrastructures sportives nécessaires pour être l’hôte d’une coupe du monde. Il va donc falloir dresser une dizaine de stades, et là on va encore plus loin dans l’imaginaire. Tout d’abord les enceintes seront ultra-modernes of course, ensuite ils seront climatisés (ben oui, une coupe de monde c’est en juin, et en juin au Qatar, il fait 50°C), et pour couronner le tout, on nous promet des stades « démontables ». J’avais déjà du mal avec le concept de stade « climatisé », mais le coup du stade en kit me laisse pantois. D’ailleurs on nous promet qu’ils seront donnés à des pays qui en ont besoin après le tournoi. Car oui, et on touche à l’incompréhensible de cette décision de la FIFA, le Qatar n’aura plus l’utilité de 10 stades ultra-modernes-climatisés-top-of-the-pops après le tournoi. En effet, 10 enceintes de ce calibre pour un championnat d’un niveau inexistant, dans un pays grand comme la région Ile-de-France, ça ne sert à rien. C’est bien de s’en rendre compte et de nous le dire le plus naturellement du monde. Mais bon, puisqu’on a trouvé la solution miracle, et en plus généreuse nous dit M’sieur Blatter (et en plus écologique, devrais-je rajouter. L’énergie nécessaire sera fournie par des panneaux solaires. C’est vrai que c’est pas ce qui manque, le soleil, par 50°C en plein mois de juin).

Les 50 milliards d’euros de la Russie devraient donc être dépassés par le projet Qatari. Toujours avec cette même grosse louche, on arrive à un bon 75 milliards d’euros. Bon après tout, je ne suis pas russe, ni qatari, donc pourquoi devrais-je me prendre la tête avec toutes ces interrogations. Tout simplement parce que je me demande à quoi cela peut rimer ? Ou bien j’ose me poser la question de la place du sport dans tout ce futur cirque ? Ou encore que l'indécence de telles sommes pour un simple tournoi de sport m'interpelle ?

Je crois simplement que ce n’est plus qu’accessoire, et que la FIFA n’est plus qu’une entreprise qui vend le produit « football ». C’est naïf de le dire, je suis d’accord, mais cette institution corrompue affiche son hypocrisie et son cynisme à la face du monde avec un tel aplomb, qu’il ne coute rien de le dire. Car le plus rageant est bien là, ces choix sont vraisemblablement ceux de la corruption et de la perspective de bénéfices majeurs, pas ceux du bon sens.



*rapport de l'Oeuvre Suisse d'entraide ouvrière (OSEO)

2 commentaires:

Alban a dit…

Sinon les Cahiers du foot en parlent également, et surement mieux que moi :

http://www.cahiersdufootball.net/article.php?id=3885

Isa a dit…

Mince quoi, tes fans en délire veulent tout savoir sur ta virée mancunienne!

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